Opéra en trois actes, prologue et épilogue
En 1851 Jules Barbier et Michel Carré font jouer au théâtre de l’Odéon un drame intitulé Les Contes d’Hoffmann
dont l’action se situe en Allemagne, dans la taverne de Maître Luther. Le héros y raconte trois histoires
fantastiques librement inspirées de trois contes d’E.T.A. Hoffmann (1776-1822): L’Homme au sable, Le
Conseiller Krespel ou Le Violon de Crémone, et Les Aventures de la nuit de la Saint-Sylvestre. Pour assurer à l’ensemble
davantage de cohésion les auteurs ont fait d’Hoffmann lui-même le protagoniste de ces récits et l’ont flanqué d’un
compagnon fidèle, Nicklausse, personnage ambigu qui n’est autre que la Muse de la Poésie travestie en étudiant. Dans
chaque histoire, interviennent une femme aimée et un être maléfique, incarnation du diable, qui s’ingénie à briser les
espoirs amoureux du héros.
Offenbach décide quelques années plus tard de mettre en musique la pièce et s’assure, dès 1873, la collaboration de
Jules Barbier (Michel Carré étant décédé) pour qu’il réalise le livret.
Dans un premier temps, l’ouvrage est destiné à l’Opéra-Comique: comme le veut la tradition de cette salle, il devra
comporter des dialogues parlés auxquels Offenbach envisage déjà de substituer des récitatifs en vue de futures représentations
à Vienne et ailleurs. Un changement de direction oblige le compositeur à confier la création des Contes au
Théâtre Lyrique, puis à la Gaîté qui finalement ferme ses portes pour cause de faillite en 1878.
Sans se laisser abattre, Offenbach poursuit son travail et organise en 1879, à son domicile, un concert de présentation
auquel assistent notamment Carvalho, nouveau directeur de l’Opéra-Comique et le directeur du Ringtheater de
Vienne qui acceptent tous deux de créer la partition.
Cependant, Carvalho exige des remaniements non négligeables. Offenbach obtempère: il transpose, rectifie et récrit
de nombreuses pages. En septembre 1880, l’oeuvre entre en répétition et subit encore quelques changements. Soudain,
dans la nuit du 4 au 5 octobre, le compositeur s’éteint. Son fils confie alors à Ernest Guiraud le soin d’effectuer les
ultimes retouches et plusieurs coupures sont effectuées.
Enfin, la création a eu lieu le 10 février 1881 avec un succès retentissant comme le rêvait Offenbach. En décembre
de la même année, l’ouvrage est donné à Vienne sous la forme d’un grand opéra. Dès la seconde soirée, le théâtre est
dévasté par un incendie et tout le matériel d’orchestre est perdu. Six ans plus tard un autre incendie ravage la salle
Favart détruisant la partition de la création. Une malédiction semble peser sur Les Contes d’Hoffmann sans freiner
pour autant son succès grandissant sur les scènes internationales. |