Article : Trois questions à Philippe Adrien

Trois questions à Philippe Adrien

« J’ai toujours l’impression de n’être pas assez présent à mon désir… »

Auteur : Propos recueillis par François Varlin
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Il met en scène un texte co-écrit avec Jean-Louis Bauer, La Grande Nouvelle. Une version - et une vision - contemporaine du Malade imaginaire de Molière.

Avec La Grande Nouvelle, vous parlez de votre retour à Molière... Pourquoi ?

J’ai abordé Molière avec Monsieur de Pourceaugnac en 1981. Une pièce violente, terrible terrifiante sur la manière dont est traité ce pauvre homme par les parisiens. J’étais resté incertain sur les autres textes de Molière, j’avais monté Don Juan et Georges Dandin ; Le Malade imaginaire que j’ai mis en scène il y a une dizaine d’années m’a alors semblé comme sur la même ligne que Pourceaugnac, une même veine. Un soir, en répétant, nous avions une machinerie simple et très spectaculaire, et Bruno Netter qui jouait le rôle d’Argan m’est apparu comme un aventurier de l’impossible, un exalté. Un type qui ne veut pas se concevoir comme fini, comme mortel. J’ai donc pensé à une pièce contemporaine sur ce thème. Avec Jean-Louis Bauer, nous avons commencé il y a quatre ans à écrire une reprise du Malade, et dans ce fil-là, j’ai eu envie monter l’Ecole des femmes l’an dernier !


Est-ce une version contemporaine du Malade imaginaire ?

C’est Le Malade imaginaire, cet hypocondriaque, mais aujourd’hui. Son frère est cancéreux, sa fille anorexique, sa mère est morte en couche, sa femme est un transsexuel… Il n’y a pas de citations de Molière, pas de souvenirs de la pièce explicites. Nous étions libres par rapport à l’œuvre originale. Par Internet, notre hypocondriaque découvre le transhumanisme sur Google. Il veut l’immortalité. La grande nouvelle : c’est vivre 1000 ans ! Il y a chez mon héros l’affolant désir qui ne le quitte pas d’en avoir toujours plus. Ce n’est pas abstrait, cela concerne les biens, les réalisations, les folies, l’espoir fou d’une éternelle jouvence. Le monde entier est livré à cette espèce de dévoration de la puissance de l’argent.

 

Comment parvenez-vous à jongler entre vos désirs propres de mise en scène et les besoins du Théâtre de la Tempête que vous dirigez ?

J’aimerai faire se succéder des pièces avec lesquelles j’aurais une affinité si particulière que je pourrai en être l’auteur ou le coauteur, et le répertoire. Ce sont deux dimensions que j’aimerai alterner. J’ai toujours l’impression de n’être pas assez présent à mon désir. Cette tresse entre la comédie, la farce, la poésie m’active, me donne du sang neuf, de la vie. Je ne mets rien au-dessus de l’écriture et de la poésie dramatique. J’ai le gout de l’écriture dialoguée, je crois savoir mener le rapport dialogué jusqu’à ses conséquences extrêmes et ce ton de comédie et de farce me convient bien. Avec Jean-Louis Bauer, nous avons la même approche de l’écriture dramatique : quelque chose d’animé, de vivant, d’actif. Lui touche avec moi à l’écriture onirique ; moi avec lui je revisite les questions qui ont  à voir avec les péripéties, l’organisation du récit… Lorsque j’écris, je suis toujours en train de penser au spectacle que je vais pouvoir faire, et c’est peut-être le risque que je cours. J’ai l’impression, comme les personnages de ma pièce, que l’on peut tout faire ! Ne se donner aucune limite… Nous nous retrouvons alors devant des questions des réalisations scéniques complexes. Mais c’est mon plaisir !


©Mila.Savic


Date de publication : 04/09/2014

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