Article : Xavier Jaillard
Xavier Jaillard
Un directeur de théâtre qui a tout fait ou presque
Auteur : Caroline Fabre| Partager sur : | Voir la fiche complète |
Né en 1944, il fut journaliste, auteur de quelque 300 chansons et dirigea une entreprise de réalisation de films audiovisuels. Il créa également Le Roy Lyre, théâtre qu’il dirigea et où il accueillit le Tout Paris de 1969 à 1978 (dans une même soirée, on pouvait y voir Jean Amadou, Les Frères Ennemis, Mary Marquet, Robert Rocca, Pierre Dac… et Francis Blanche qui en était la grande vedette). Il est enfin l’auteur de nouvelles et d’une bonne vingtaine de pièces dont plus de la moitié a été jouée à Paris, l’adaptateur de grands textes comme « La vie devant soi » de Romain Gary (pour laquelle il reçut un Molière en 2008)ou « Le désert des Tartares » qu’il joue (bien entendu, il est également comédien !) sur la scène du Petit Hébertot… qu’il dirige depuis trois ans !
Qu’est-ce qui vous a fait démarrer dans la vie artistique ?
Je voulais au moins devenir Jacques Brel ! J’ai vécu plusieurs années grâce aux chansons que j’ai écrites chez Barclay. Là, j’ai rencontré Francis Blanche, mon « Papa », celui dont j’ai tout appris. Car je n’ai jamais pris de cours d’art dramatique, ma seule école a été de travailler à ses côtés ! Après, je suis arrivé au théâtre.
De toutes ces activités, quelle est celle qui vous a rendu le plus heureux ?
Sans conteste l’écriture. C’est ma priorité absolue. Si je dois tout lâcher, je garde l’écriture coûte que coûte !
C’est la deuxième fois que vous adaptez un texte de Dino Buzzati, qu'est-ce qui vous plaît tant chez cet auteur ?
Quand je le lis, les larmes me montent aux yeux. Il n’y a pas une de ses nouvelles à laquelle je sois insensible. Je ne fais rien d’autre que de transmettre mes émotions. Après avoir adapté « Le K », j’ai eu envie de relever un autre défi. Celui de monter « Le désert des tartares » qui parle d’attente de la mort, d’interrogations sur soi-même et sur le fil du temps (obsessions de Buzzati qui n’était pas un gai mais un dépressif lourd… avec de l’humour comme en ont souvent les désespérés). Et comme je déteste le théâtre où il ne se passe rien, j’ai travaillé pour faire ressentir toute la richesse de ce texte. Aussi suis-je particulièrement heureux d’entendre à la sortie « on ne décroche pas, la tension est permanente » !
Cela doit aussi réjouir le directeur de théâtre que vous êtes ?
Après la belle aventure du Roi Lyre, vendu à la mort de Francis Blanche, je m’étais dit que je ne remettrais jamais les pieds dans un tel bagne ! Mais voilà, des années plus tard, alors que je tirais quelques sonnettes pour placer une pièce que j’avais écrite, dont celle d’Hébertot pour jouer au Petit Hébertot… je suis sorti du rendez-vous avec le bail de ce petit théâtre ! Depuis, je réussis à équilibrer les comptes, ce qui est un miracle, mais j’ai eu la chance de mettre la main sur des spectacles qui ont fait de gros succès comme « Obaldia sur scène » ou encore Jean Paul Farré et ses « Douze pianos d’Hercule ». Mais l’équilibre est précaire et si je me casse la gueule dans un virage, je fais faillite. Alors, évidemment, le succès d’un spectacle me réjouit !
Peut-on dire que vous vous êtes spécialisé dans l’adaptation de textes intransposables à la scène ?
D’abord, je ne suis spécialiste de rien ! Pour mes propres pièces, je suis passé de la « rencontre » entre Sénèque et St Paul -sujet dramatique, historique et philosophique lourd- à « Méchant Molière » -pièce burlesque dans l’esprit légué par Pierre Dac et Francis Blanche, une parodie de Tartuffe en alexandrins qui se passe dans un supermarché de province ! Je n’ai pas plus de vocation d’adaptateur. Il se trouve que je fonctionne au coup de cœur. Je suis tombé amoureux de certains textes et l’idée m’est venue de relever des défis en adaptant des romans inadaptables parce que je les « voyais sur scène ». Par exemple, je me suis enfermé pendant quatre mois avec « La vie devant soi », roman que j’ai littéralement « mis sur 400 m2 » et l’ai entièrement recomposé. Quand les gens venaient me dire « quel respect vous avez eu de Gary ! » ils ne se sont jamais aperçu qu’il n’y avait pas une phrase entière de l’auteur. Bien sûr, j’avais gardé tout le reste… A l’inverse, tous les mots du « Désert des Tartares » sont de Dino Buzzati.
Comment fonctionne ce théâtre ?
D’une part, de la simple location à la production avec tous les stades intermédiaires. D’autre part j’ai toujours pensé que les artistes sont les plus concernés et les plus passionnés pour occuper les postes d’un théâtre, de la régie à la billetterie. Bien sur la plupart d’entre eux ont l’espoir de jouer… et quand me vient la folie de monter une pièce à nous, eh bien, j’ai une troupe ! Ainsi, Christian Suarez est-il à la fois metteur en scène du Désert des Tartares et régisseur.
Le mot de la fin ?
Dans ce spectacle, on peut entendre la musique de Fred Jaillard. Si je travaille souvent avec lui, ce n’est pas parce que c’est mon fils mais parce que j’aime ce qu’il fait. Guitariste, compositeur et arrangeur, il a notamment travaillé sur les deux albums de Thomas Dutronc et a reçu en 2009 une Victoire de la musique pour les arrangements de « Comme un manouche sans guitare ». Et je suis fier de lui !
Date de publication : 16/03/2012
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