Article : Laurent Baffie

Laurent Baffie

« Très chiant pendant le boulot mais ensuite, très convivial »

Auteur : Caroline Fabre
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S’il a mauvaise réputation « les mauvaises réputations c’est très confortable, j’ai longtemps cultivé la mienne » dit-il, il suffit de bien décrypter les pièces de Laurent Baffie pour savoir qui se cache derrière le « sniper ». Ce « portrait » vous en dira un peu plus encore.

Né le 18 avril 1958 à Montreuil, Laurent Baffie a essayé de « faire comédien » mais il ne se sentait pas très bon et n’avait pas assez de sous pour prendre des cours de théâtre. Sil y avait eu une formation pour le comique, sans doute aurait-il fait un effort… Toujours est-il qu’il a commencé en écrivant, pour France Inter, « Les nouveaux maitres du mystère ». « Ce fut laborieux car j’ai appris à écrire sur le tas, seul. Là où d’autres mettaient deux jours, je passais un mois à plancher… mais c’est venu… après de longues années de pratique ». Puis il rencontre Jean-Marie Bigard et écrit pour lui des sketches mémorables, ce qu’il ne réitérera pas pour d’autres « C’est toujours un peu frustrant d’écrire pour les autres car on n’est jamais totalement content de la manière dont c’est fait, mais travailler avec Bigard, c’est comme jouer sur un stradivarius ! ». 

C’est surtout la télévision qui le fera connaître du grand public. Il y deviendra, chez Thierry Ardisson,  le premier « sniper », un terme qu’il n’aime pas vraiment « trop guerrier, connoté « tire dans le dos ». Il doit cela à un sens inné de la répartie, une tournure d’esprit qu’il travaille sans relâche «  je pratique la vanne comme un musicien son instrument : il faut faire des gamme toute la journée, tout le temps ».  Et même sur tout le monde puisque, la veille de notre entretien, il a « fait le con » avec des flics qui, n’ayant pas du tout le sens de l’humour, lui ont donné « la prune maximum ». Très vite, il écrit des pièces, cinquante au bas mot, ou plutôt tente d’écrire « Je n’arrivais jamais à les finaliser. J’avais une mauvaise méthode de travail car je voulais que ce soit parfait tout de suite. Or, ça ne fonctionne pas comme ça ! » Et puis un jour il va au bout de l’une d’elles, sans cesser de la retravailler, tout le temps, tous les jours, jusqu’à la dernière représentation... comme il le fera pour toutes ses pièces.

« Sexe magouilles et culture générale » une parodie des jeux télévisés sera son premier succès d’auteur. Viendra ensuite « TOC TOC » avec laquelle il passe un cran. « Très inhibé par ce succès -je pensais que c’était mon petit chef d’œuvre et que je n’arriverais pas à faire mieux- j’ai failli arrêter là ». Mais il reprend la plume pour « Un point c'est tout » sur le permis à points, demi succès qu’il ne s’est d’ailleurs « pas amusé à écrire », … puis pour les Bonobos, en s’attachant cette fois à atteindre le niveau de TOC TOC. Les retours, excellents, lui font dire « en m’arrachant un peu, je peux y arriver ! »

La base de son inspiration ? « Chercher des situations qui ne devraient pas avoir lieu, des gens qui ne devraient pas se rencontrer et rendre cohérent ce qui, sur le papier, est improbable ». Puis, vient le casting, très long, six mois pour les Bonobos. Un moment difficile à passer à plus d’un titre « je déteste les castings ! J’en ai fait étant jeune. C’est un peu humiliant. On a quelques minutes pour se vendre. C’est pire depuis que je suis de l’autre côté de la barrière, je suis très gêné mais pas moyen de faire autrement, c’est la loi du métier. Je m’attache à être poli, à ne pas blesser. Pour autant, cela reste totalement injuste ». Laurent Baffie choisit « non seulement des bons comédiens mais aussi des bons camarades » Copinage alors ? Pas du tout, « la plupart, je ne les connaissais pas avant. Une fois sûr qu’ils correspondent au rôle, je passe de multiples coups de fil auprès de ceux qui ont travaillé avec eux. Car, pendant quelques mois, on va se voir plus que notre famille et si on arrive au théâtre face à une tête de con, c’est dur… alors pas question de se louper ! Après, on devient potes, on se parle comme des merdes, on s’envoie chier… et on passe de vrais bons moments ensemble » Eh oui, c’est son fonctionnement !

« J’ai un mode de communication un peu déformé : avec mes amis, au lieu de se dire bonjour, on s’insulte. J’ai installé ma vie à moi dans la vraie vie… sans me rendre compte qu’on ne parle pas comme ça dans la vraie vie… mais avec l’âge ça s’estompe un peu ». N’empêche, il ne faut pas le « faire chier » et une vanne peut partir très vite. Les gens le savent, ça les déstabilise et, s’il sait qu’il ne faut pas être susceptible pour travailler avec lui, il avoue que c’est sa façon de se protéger.

 Aussi, a-t-il une manière bien à lui de diriger ses acteurs. « J’attends d’eux qu’ils restituent la petite musique que j’ai dans ma tête. Ca peut être frustrant pour eux car je peux revenir à la charge jour après jour jusqu'à résultat voulu. Ça apparait sûrement monomaniaque… mais je le suis ! » Il avoue également être « un peu fou, imprévisible, obsessionnel, empreint à de multiples phobies… ». Pourtant, il sait « exactement où il faut arriver car là est la difficulté du rire : à la virgule près, à la seconde près. Les acteurs sont déconcertés, ils ne conçoivent pas qu’on puisse être aussi précis, aussi chiant. Mais dès la première représentation en public, ils sont rassurés car les rires sont là où on les attendait ». On conçoit donc aisément qu’il lui est impossible de ne pas mettre en scène ses pièces lui-même. « C’est comme si j’avais construit une voiture : ayant installé chaque pièce, j’en connaitrais tous les rouages, saurais exactement à quelle vitesse il faut aller, quand mettre de l‘huile… et n’aurais pas envie de filer la clé à quiconque pour la piloter à ma place ! » C’est un de mes nombreux TOC avoués. « Je m’imagine que cela ne peut pas être bien si je n’organise pas tout moi-même. Je fais la même chose en vacances : si j’ai prévu de manger dans tel resto, c’est obsessionnel, je n’ai de cesse d’y trouver une table… même s’il est complet. Je peux y consacrer une journée entière et suis heureux d’y faire passer une bonne soirée à mes amis, comme si de rien n’était. Pour mes mises en scène, c’est pareil, on ne doit pas les voir ». Là encore, il donne du fil à retordre à ses acteurs puisque, en pleine représentation, il peut obliger l’un d’eux à se replacer au positionnement initialement prévu ou bien lui faire une remarque… entre deux répliques !  « Ils m’engueulent, ils ont raison et je ne suis pas fier mais je ne peux pas m’en empêcher, je reste metteur en scène avant d’être comédien ».

Pour autant, s’il est « très chiant pendant le boulot », il redevient « très convivial ensuite ». « Champagne dans ma loge tous les soirs. D’abord on bosse bien, puis on passe du bon temps ensemble ». Lui-même « n’aime pas particulièrement faire l’acteur », ne se sentant pas « vraiment légitime » et joue seulement parce que le directeur du théâtre le lui demande. En compensation, il se fait remplacer lors des représentations en matinée, c’est un lève-tard, et le week-end, pour rester en famille.

Laurent Baffie en bref ? Un garçon complexe mais sans aucun doute attachant et, d’évidence, hyper talentueux !


Photo Bernard Richebé


Date de publication : 28/12/2011

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